Dans le ciel, au Paradis ou ailleurs, à chacun ses convictions, les tirailleurs marocains tirent la gueule. Ils ne sont pas d’ailleurs pas  les seuls. Rejoints par les mineurs de fond Polonais, les peintres et les maçons Portugais ou Espagnols, les tailleurs et les fourreurs juifs des ghettos d’Europe de l’Est, les Zouaves et les travailleurs Africains de l’automobile, les manœuvres Algériens et Tunisiens, les Arméniens et autres étrangers symboles de la haine hitlérienne sur cette fameuse affiche rouge, les Malgaches et les Sénégalais, les chauffeurs de taxis de la Russie blanche et les travailleurs de l’ombre de l’ancienne Indochine, les Marocains et ces multitudes de manœuvres, de tâcherons, de journaliers venus d’ailleurs et qui hurlent parce qu’ils ne sont pas cités dans cette énumération, tous s’interrogent lourdement et tristement.

Je me demande souvent, ces dernières semaines, ce que serait ma vie aujourd'hui si, lorsqu'Elle est arrivée en France il y a soixante ans, la même ambiance d'hystérie vaguement xénophobe (au sens littéral : de la peur, parfois hargneuse, mais de la peur) régnait sur les sujets d'étrangeté, d'immigration, d'identité. J'imagine un lent retour cahotant au travers une Europe encore en ruine suivi d'un aller simple vers la Sibérie, puisque le simple fait d'avoir quitté la Russie d'alors l'aurait rendue suspecte au yeux du pouvoir fou qui régnait sur place.

Et moi aujourd'hui, je serais où, je serais qui ?