La vie qui passe.
Par GM le lundi 1 octobre 2007, 18:16 - écritures - Lien permanent
Petit bout de femme, tu as presque seize ans. Tu restes à ta table et tu regardes, intriguée, le goût d'interdit que tu bois d'un trait de cocktail sucré. Les doigts nerveux au bout de la cigarette, tu fumes du bout des lèvres, tu manques d'habitude, mais tu fumes, tu fumes, pour montrer que tu fumes comme si tu étais habituée. Tu rigoles avec ton amie avec qui tu es venue ici, tu ne rigoles qu'avec elle, tu vois bien les regards qui insistent, mais tu feins de les ignorer.
* * *Tu as vingt et un ans maintenant, et de tables en tables tu charmes et souris, tu es belle. Le lieu te plaît et tu plaît au lieu. Les regards, les yeux qui défient, tu les dévores, les croques, tu te fais désirer, et te laisse enivrer par tous ces regards, ces envies, ces corps, ces bulles de champagne, ces possibles. Ton amie n'est plus là, elle se promène sur son propre chemin et te regarde prendre ta route avec regret et un peu de dépit, mais tu n'y penses pas, tu ne la vois pas ; tu danses, tu ris, tu aimes, tu vis...
* * *A trente ans, assise au bar, encore belle mais fatiguée, tu séduis toujours sans plus t'amuser. Par habitude, tu bois ce verre qui est offert et tu souris sans répondre aux regards encore présents, pressants. Seule, poliment, tu t'ennuies. Ton amie n'est plus là depuis longtemps, Tu aimerais bien savoir où elle est partie, avec qui elle est partie, avec de l'envie, presque. Elle te manque tellement ici.
* * *Assise seule à ta table, tu regardes ton verre oublier les quarante deux ans qui accompagnent les petites gorgées qui se succèdent, les matins difficiles et les mauvaises ivresses ressassées. Les regards ne te cherchent plus, tu restes seule et tu es triste. Tu te demandes, demain.
Commentaires
Moi-même, c'est un peu pour cela que j'ai arrêté de boire.
Cependant, je tenais à passer pour vous affleurer d'un bonjour.
Balthazar
1/ chapeau bas
2/ merci (beaucoup).
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