Sur le pont, il regarde la terre s’approcher lentement, le port qui n’est pas encore éveillé, la ville encore endormie juste avant le lever du soleil. Il n’a pas mis pied à terre depuis plusieurs semaines. Il a hâte de sentir le sol, la vie du port.

Il n’a vu son pays ni ses parents depuis plusieurs mois. Presqu'un an et demie. Il leur envoie simplement une carte depuis chaque port où il accoste. Il ne sait pas très bien écrire, alors qu'il n'inscrit que le nom du pays et celui du port. Ils ne savent pas très bien lire alors ça leur suffit.

Ses parents ont récupéré un vieux planisphère qu'ils ont fixé au mur et à chaque carte reçue, ils y inscrivent une croix à l'emplacement de la ville d'où vient la carte, où à peu près, ils ne sont pas toujours certains. Ces croix dessinent une longue litanie de lettre, un long voyage, un itinéraire étrange, presque une errance, un fil qui maintient leur fils en vie.