La petite pièce hexagonale - Yoko Ogawa
Par GM le dimanche 24 juin 2007, 15:55 - livres - Lien permanent
La petite pièce hexagonale - Yoko OgawaEn fait, ça ressemble à un monologue, c'est ça ? Une boite où l'on peut murmurer tout seul autant qu'on veut, dans le style qu'on aime, sans se soucier du regard des autres. En pensant de cette façon, je peux l'admettre jusqu'à un certain point. De temps en temps dans le métro ou la salle d'attente à l'hôpital, il m'arrive d'apercevoir quelqu'un qui monologue sans arrêt, l'ait tout à fait sérieux. En général, les gens n'aiment pas ça etle mettent à l'écart. Si bien qu'autour de lui, il se forme un espace qui n'est pas naturel. Si on enfermait cette personne avec son espace à l'intérieur de la petite pièce à raconter, je suis sûre qu'elle serait très contente. Plus on est à l'étroit, plus on entend nettement sa propre voix, et l'on doit certainement avoir l'impression de se révéler dans la vérité de son coeur. C'est ce qu'il y a d'agréable dans le monologue.
Commentaires
Tiens tiens, je viens de l'acheter aussi. Il semblerait que ce petit livre ait un grand succès...
ah, que je suis contente que tu l'aies lu ! Et que Actes Sud a eu une riche idée en l'éditant chez Babel ! L'espace clos, l'espace qui sépare et relie en même temps, est une chose qui revient souvent chez Ogawa. La Petite Pièce Hexagonale ressurgit dans l'éprouvette qui contient les spécimens/souvenirs de L'Annulaire ; dans les petites "chambres" du Musée du Silence. C'est une armoire de l'âme, un moteur narratif, une image de ce qui est à la fois fugace et permanent, insaisissable et vivace.
Si vous avez aimé ce récit, et l'écriture d'Ogawa, toi et Romuald, je pense que vous aimerez aussi Tristes Revanches : une série (pas du tout triste) de nouvelles en hypertexte, où chacune "génère" la suivante qui se relie à sa précédente par un fil thématique. Chacune des nouvelles est comme la petite pièce d'une maison à l'architecture fluide. Et puis, en dehors de toute tentative de considération "intello", c'est une lecture d'un immense plaisir.
Plus proche de La Petite Pièce Hexagonale, Une Parfaite Chambre de Malade et La Désagrégation du Papillon (même volume chez Actes Sud).
Mais le mieux est de lire tout Ogawa, pour bien jouir de la profonde unité et de la tranquillité de son écriture, où chaque histoire fait renaître une compréhension plus intime d'une autre histoire --avis d'une fan fascinée, bien sûr.
Peut-être bien devrions-nous tous avoir une petite pièce hexagonale, un petit lieu où raconter, sans espoir particulier d'être entendu, sans tristesse de ne pas l'être, libre de l'oreille de l'autre. La petite pièce, cette armoire à parole, enferme et libère à la fois, elle est un "espace fluide", à la fois clôt et sans limites, enfermant et ouvert. C'est une image toute simple, et qui en génère cent autres, comme d'ailleurs la plupart des images d'Ogawa.
J'avais déjà lu l'annulaire, qui m'avais laissé assez réservé, (j'ai toujours cette sorte de retenue avec la littérature asiatique, une affaire de rythme qui ne m'accroche pas, que je ne trouve pas, mais je persiste, je persiste). J'ai trouvé plus de plaisir à cette petite pièce hexagonale, je continuerais donc certainement à explorer le sillon d'Ogawa..
(et sinon, dernièrement j'ai lu également Triste Vie de Chi Li, avec un certain plaisir)
Bonne pioche :)
Ogawa est dans un semi-factuel et dans une sorte d'entre-texte ; Chi Li est davantage dans l'opératique des émotions --enfin, sans exubérance quand même. Soleil Levant, le plus "émotionnel" de ses récits, est drôle et plein de tendresse.
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