La guerre
Par GM le mardi 8 août 2006, 21:26 - journal - Lien permanent
Je me souviens de l'année 1990, j'avais treize ans, j'étais au collège, j'étais amoureux d'une jeune fille dont je ne me souviens pas le prénom et qui ne m'a jamais jeté un regard, je pensais avoir une sorte de destin unique - quelque soit le sens que je pouvais donner à ce mot, mes meilleurs amis s'appelaient alors Marc, Raphael et Vincent, je ne connaissais rien de la musique que j'écoute aujourd'hui.
Je me souviens cette sorte d'excitation un peu morbide qui nous avait envahi au moment de la déclaration, ou un peu avant, ou un peu après. Nous voulions savoir, connaître, découvrir, comprendre un peu, sentir. Il n'y avait pas de désir de vengeance, pas de haine, pas de ressentiment. En fait, il n'y avait rien, mais on ne parlait que de ça, avec de grandes certitudes, pleins d'esprits.
Je ne suis même pas certain que nous sachions alors vraiment où situer l'action sur une carte. C'était juste l'envie de savoir ce qu'était que d'être dans un pays en guerre, notre pays. Les bombardements allaient vraisemblablement commencer durant la nuit, ou le lendemain, c'était ce qui se racontait au JT et c'est arrivé, à pas grand chose ou quelques heures près.
C'était la première fois qu'on était en guerre. Cette idée nous interpellait.
Et puis, les jours se sont succédés, et nous nous sommes rendus à l'évidence : celle-ci était trop facile, sans peurs, sans risques, sans rien qui se passe chez nous. Nous sommes en guerre mais elle n'est pas chez nous. Notre emploi du temps est resté inchangé, nous n'étions pas certains d'y être. Nous y participions, certes, mais nous n'y étions pas. Et puis, les raisons de la guerre sont devenues troubles, un peu louche, celle-ci décidément, ne tenait pas vraiment toutes ses promesses, s'avérait bien peu excitante. Et finalement, cette guerre nous ennuyait et nous l'avons oubliée, nous ne savons pas comment elle s'est terminée.
On était jeune, on pensait que c'était la première guerre qui existait depuis qu'on était là, sur ce monde. On était jeune et la guerre froide nous semblait être une histoire que nos parents s'étaient racontés pour se faire peur, les documentaires expliquant qu'il fallait se cacher sous les tables en cas d'attaque nucléaire nous faisaient bien rire. On était jeune et la dernière guerre mondiale appartenait à l'ère de nos grands parents, si lointaine, si étrange, si étrangère, et il nous semblait simplement inenvisageable que l'humanité reprenne de tels chemins, on n'avait jamais trouvé de quoi en rire.
On était jeune et on ne savait rien.
On pensait que c'était la première guerre qui existait depuis qu'on était là, sur ce monde. La guerre c'était un mot, quelques pages dans les livres d'histoire, on ne savait pas vraiment ce que c'était, la guerre, l'histoire avec sa grande Hache comme disait Georges. Les heures passées dans les caves, les morts, ceux qui disparaissent, la folie, le sang, les cris, l'attente, la peur, les peurs, d'où qu'elles viennent. L'ennui. Les bruits, le feu, les cauchemars, l'horreur, la souffrance, le visage qui disparait sous la douleur, tu la connais la couleur rouge sang de la douleur ? On ne sait toujours pas, même s'il n'y a plus de curiosité et plus de dégout, on a lu bien plus de livres et l'horreur nous saisit plus haut les coeurs. Et on sent toujours aussi impuissant.
Commentaires
Joyeux anniversaire. Je suis né le 7/1/77.
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