Extraits
Par GM le jeudi 27 juillet 2006, 21:42 - les autres - Lien permanent
Jacques Bouveresse, dans un entretien dans Philosophie Magazine.Dans une certaine mesure, oui, les "affaires" auxquelles nous sommes confrontés - des listings de la société Clearstream à l'amnistie de Guy Drut par le président de la République - m'ont rappelé une fois de plus une constatation de Karl Krauss qui évoque "l'impuissance lamentable des honnêtes gens face aux gens culottés". Je trouve désastreux que les honnêtes gens aient aujourd'hui autant de raisons de se sentir non pas seulement impuissants, mais humiliés et offensés. On a l'impression qu'il n'y aura bientôt plus que les attardés et lesnaïf pour se considérer encore comme tenus de respecter les règles.
Sur un autre sujet, dans la même revue, Olivia Gazalé citée par Pierre Assouline :
"A l'heure de la religion de la beauté jeune et musclée, l'affaissement de vos chairs fait de vous un hérétique, un parjure, un blasphémateur. Ce n'est pas tant des défauts de votre corps dont vous avez honte que de l'absence de volonté qui en est la cause... Nous voudrions l'avoir débarrassé de tous les déterminismes: le vieillissement, la maladie, la laideur et- pourquoi pas?- le sexe et la couleur... Le moralisme hygiéniste a transformé les canons esthétiques en normes éthiques. Désormais, la faute ne consiste plus à jouir de son corps, mais à le laisser se dégrader.... Le culte actuel du corps s'accompagne d'une phobie du corporel, d'une haine du corps organique... L'utopie du corps parfait renvoie au rêve de pureté qui hante l'humanité depuis ses origines... La pureté se confond ainsi avec la cosmétique et la diététique... Les sexes intégralement épilés des actrices porno semblent aujourd'hui infiniment moins obscènes que L'Origine du monde de Gustave Courbet. Car la toison énigmatique sent la terre, la bête, l'indomptable femelle, alors que le pubis glabre évoque la pureté virginale de l'enfance, le salon de beauté et la domestication de soi... Cette détestation du corporel ne renvoie-t-elle pas, au fond, à la vieille démonisation de la chair héritée des premiers pères de l'Eglise ?... Le fantasme de perfection est un fantasme mortifère. Vouloir un corps parfait, c'est vouloir s'arracher au sien, c'est désirer mourir à son propre corps..."
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