Sagesse
Par GM le lundi 30 janvier 2006, 11:15 - les autres - Lien permanent
J'imagine le juge Burgaud seul face à la commission, avec, dans son dos, la pression des treize acquittés témoins muets devenus à leur tour jurés. Cela me met mal à l'aise. Bien sûr, ces images vont réjouir les metteurs en scène, mais c'est trop beau pour être tout à fait sincère.
Cela va renforcer la focalisation naturelle des médias. On gardera l'image dramatique de l'institution face à ces acquittés devenus "ses" juges. Le juge Burgaud deviendra le bouc émissaire désigné au peuple responsable de toutes les insuffisances de l'institution judiciaire.
Ne nous faisons pas d'illusions : cette image inespérée sera chassée des esprits au prochain fait divers atroce relaté par les médias, et tout espoir de réforme avec.
Pourquoi je n'assisterai pas à l'audition du juge Burgaud, par Dominique Wiel. (via).
Toute proportion gardée, tant il me semble confortable de prendre le luxe du recul comparé à M. Wiel, j'avais ressenti une gêne analogue en regardant Yves Calvi, demander, exiger la pénitence, la démission du juge Burgaud sur je ne sais plus quel plateau télé. Ce procès a semble t'il crevé de certitudes jamais vérifiées, de présomptions faites vérités, d'oreilles ne se tendant plus que vers ce qu'elle voulaient entendre. Et de voir se mettre en branle ces mêmes schémas sur plateaux télévisés. On n'apprend jamais rien. C'est terrifiant.
Edit 02/02/06 :
Deux billets de Eolas sur le sujet :
Le monde judiciaire m'est tellement étranger et inconnu que j'ai peine à formuler mes questions, mes pensées, sans même savoir si mes questions ont quelque pertinence ou sont complètement à côté de la plaque. Il me semble qu'on trouve, face à cette affaire :
- des raisons externes à l'appareil judiciaire, enquêtes de police baclées (y-a-t'il une enquête de police dans ce genre de procédure ?), pressions médiatique et de l'opinion sur la question de la pédophilie ? environnement législatif mouvant de ces dernières années peu favorable à la défense ?
- des raisons internes à l'appareil judiciaire, défaillance de contrôles internes ? des rapports avec la défense ? experts peu compétents ou expertises utilisées à mauvais escient ?
- des raisons spécifiques au juge Burgaud. Erreurs d'appréciations, et peut être une certaine rigidité de jugement ?
Il semble bien que la dernière piste soit la moins intéressante des trois même si elle semble bien plus capter les esprits et surtout les caméras (je repense toujours au ton de Yves Calvi de l'autre soir, divinement inquisiteur et bardé de certitudes. Je n'aime pas Yves Calvi) que les deux lignes précédentes, alors que précidément, ce soit bien la piste la moins intéressante pour espérer trouver les raisons de ne pas recommencer. Evidemment que le juge Burgaud doit être sanctionné s'il y a eu faute (et non pas être puni pour). Mais après, une fois la punition prononcée, que fait on pour éviter la récidive ? (Et est-ce que l'évitement de la récidive n'est pas une des grande responsabilité du jugement, tiens ?) (et est-ce que je ne suis pas un peu pompeux, là, aussi ? si.).
Et puis aussi, comment réparer les vies brisées ? Ce qu'elle semblent presque dérisoires ces questions faces aux visages de ces accusés. Indécentes presques.
Par ailleurs, je ne sais si c'est pertinent, mais je me demande dans quelle mesure il est possible de rapprocher le déroulement de ce procès et les conditions de celui aux décisions absurdes, évoquées par Christian Morel ?
Commentaires
Je ne te trouve pas pompeux du tout, au contraire, je pense que tu soulèves des questions très intéressantes, et surtout, extrèmement pertinentes.
Cela dit j'ai quelque culpabilité moi aussi à tenter de mesurer la part des responsabilités du juge Burgaud; car je pense à ces accusés blanchis, justement, et je me dis que eux, ils ne doivent pas supporter le questionnement et tout ce qui relève de l'intellectualisation.
Car leurs vies sont bel et bien brisées, et ça c'est du concret, du tangible et surement du domaine de l'intellectualisation.
Et c'est pour cela que l'on confie la justice à un tiers, pour qu'il soit le plus impartial possible.
Moi aussi je me trouve pompeuse là.
Tout ceci rend bien humble...
oups, je voulais dire "et surement PAS du domaine de l'intellectualisation"
Fil des commentaires de ce billet