Klaus Mann - Journal
Par GM le jeudi 26 janvier 2006, 21:05 - livres - Lien permanent
9 octobre 1931. - MUNICH - En me livrant à la lecture de mes anciens journaux de 1919-1920, tâche au reste fort divertissante et riche d’enseignements que j’avais entreprise pour écrire un livre sur mon enfance, l’idée m’est venue de me remettre à écrire un journal. Mais je m’en tiendrais aux faits les plus objectifs.
J’avais l’intention de faire un long compte rendu de ma (longue) lecture Journal de Klaus Mann, et en rédigeant, mon aversion envers la rédaction des fameuses fiches de lectures du collège s'est rappelée à moi avec toutes la force des mauvais souvenirs d'enfance. Je m’en tiendrais donc à l’essentiel, quelques extraits d’un journal couvrant les années de 1931 à 1949.
27 janvier 1933. - Il me vient soudain à l’idée que ces notes pourraient sembler terriblement superficielles à toute personne qui, d’aventure, viendrait à les avoir en main, puisqu’elles se contentent de donner les faits tels quels, sans développer.
Ce journal s’en tient effectivement aux fait, il semble rapidement évident qu’il ne sagit pas d’une entreprise littéraire destinée à la publication, mais bien de prises de note, au jour le jour de ses événements de la journée, assez brute. On retrouve le plus souvent de longues litanies de rencontres, de rédactions d’articles et de lettres, dont la lectures s’avère, il faut bien l’avouer, par moments un peu fastidieuse.
14 juillet 1932 - (...) Juste à la table voisine se trouvait Adolf Hitler, dans la plus stupide des compagnies ; son infériorité est vraiment frappante ; il est manifeste qu’il n’a pas le moindre don ; la fascination qu’il exerce est bien la plus grande honte de l’histoire ; un certain impact pathologique sexuel ne peut tout expliquer.
Un des intérêts de ce journal se situe dans la visibilité qu’il donne d’un monde qui transpire aux travers les lignes, depuis quelques mots lâchés au détour d’une phrase, une rencontre, une bribe de réflexion entamée, qui permet de ressentir de façon plus concrète la montée du nazisme en Allemagne, sans le filtre de l’analyse ou de l’histoire.
11 mai 1933 - [SANARY, HOTEL DE LA TOUR] - J’ai pris l’apréitif en lisant cette cochonnerie en lisant cette cochonnerie de Berliner Tageblatt. Ainsi, on a brûlé hier en public mes livres (eux aussi) dans toutes les villes d’Allemagne ; à Munich c’était sur la Königsplatz. La barbarie sombre dans l’infantilisme. Mais je me sens honoré.
Et puis aussi :
- Son homosexualité, assumée et malheureuse
Dans ces affaires là, il ne sagit pas de “déveine”, il faut bien admettre qu’il y a en moi une faute, une défaillance. Une explication, je suis rarement (de plus en plus rarement) sensible aux homos ; mais vivre avec quelqu’un qui est fondamentalement normal est impossible à la longue.
- Son exil, dès 1933, La succession de villes, européennes puis américaines, les trains, les hôtels.
Ma foi, maintenant, il faut hélàs faire les bagages, je ne pars qu’à regret; sentiment de solitude.
- La drogue,
(Je me suis décidé à faire une cure) Rien... Je ne suis même pas capable de lire, j’en prend de grosse quantité. Il faut en finir
- Le désespoir,
Assauts de mélancolie, de découragements - comme toujours. Il est difficile de vivre.
- Ses engagements politiques,
- Les rapports avec son père, Le Magicien, dont l’ombre semble bien difficile à porter.
Bien des choses semblent indiquer que le Magicien a vraiment conclu un important contrat à Hollywood. Ma propre réaction à vrai dire fâcheuse me surprend moi même, il faut que je m’avoue la prdominance de la jalousie et d’une absurde vexation. Il remporte la victoire partout où il se montre. Sortirai-je jamais de son ombre ? Mes forces y suffisent t’elle ? Bref: “les grands hommes” ne devraient pas avoir de fils.
Klaus Mann s’est suicidé le 21 mai 1949.
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