WILDE : Le passage que vous venez de lire présente Dorian Gray comme un homme ayant une influence très corruptrice. Il n'y a pas d'indication quant à la nature de sa mauvaise influence. Pas plus que je pense qu'il existe quoi que ce soit de tel que la mauvaise influence, dans la vie réelle.
CARSON : Pas plus que vous ne pensez quoi ?
WILDE : Sauf dans la fiction. Je pense qu'un concept tel que la mauvaise influence est plus une affaire de fiction que de réalité.
CARSON : Avez-vous dit que vous ne pensez pas qu'il existe quoi que ce soit de tel que la mauvaise influence, dans la vie réelle ?
WILDE : Je ne pense pas qu'il existe la moindre influence de quoiconque sur autrui, ni bonne, ni mauvaise. Je n'y crois pas.
CARSON : Un homme fait ne corrompt jamais un jeune ?
WILDE : Je ne pense pas.
CARSON : Rien dans ses actes ne pourrait le corrompre ?
WILDE : Ah, si vous parlez de la différence d'age, c'est un non-sens.
(...)
WILDE : Lord Henry Wotton... Non. Dans le roman, il ne le corrompt pas. Vous devez vous rappeler que les romans et la vie sont deux choses différentes.
CARSON : Tout dépend de ce que vous appelez "Corruption"
WILDE : Oui, et de ce qu'on appelle "la vie". Dans mon roman, il y a une peinture de transformations. Vous n'allez pas me demander si je crois qu'elles se sont réellement produites. Ce sont des thèmes de fiction
· · ·
CARSON : Je crois que vous êtes dans l'opinion, Mr Wilde, qu'il n'existe pas de livre immoral ?
WILDE : Oui.
CARSON : Vous avez cette opinion ?
WILDE : Oui.
CARSON : En ce cas, je suppose que je serais en mesure de dire que, à votre avis, ce texte n'était pas immoral ?
WILDE : Il est pire que cela : il est mal écrit.