- (...) Sûrement il pensait de moi la même chose que vous, mais lui n'était pas capable de le me dire en face.
- La même chose que moi ?
Tout près de l'insperteur, plus petit et plus gros que lui, le père Orduna se redressait pour le regarder dans les yeux.
- Que sais-tu de ce que je pense ?
- Que j'ai commis une espèce de trahison envers les miens. Quels qu'ils soient. Vous autres, vous passez votre temps à rechercher des traites et des apostats, des gens à excommunier.
- Vous autres ?
- Dans les deux camps je veux dire - l'inspecteur, qui n'avait pas l'habitude d'avoir de vraies conversations avec personne, avait beaucoup de mal à s'expliquer - les curés et ceux du parti de mon père. Mon père considérait Staline, fidel Castro et Ho Chi Minh comme aussi infaillibles que vous le pape. C'est pourquoi ils ont fini par s'entendre aussi bien. Ils avaient le même penchant : diviser le monde entre fidèles et traites.
Sa vie entière , sa connaissance, sa volonté se résumaient maintenant à une seule interrogation, immobile et fanatique, toujours répétée, dès qu'il ouvrait les yeux à l'aube dans le lit où il dormait seul depuis des mois, quand il se réveillait au milieu de la nuit et savait qu'il ne retrouverait pas le sommeil, maintenant sans cigarettes ni alcool pour distraire les heures, sans personne à son côté, sans une femme qui lui tourne le dos en feignant de dormir, seul avec sa propre conscience, avec son propre système nerveux aiguisé à l'extrème par l'insomnie et l'excès de lucidité que provoquait l'abscence de la nicotine et de l'alcool dans son sang. On a bu en croyant que l'alcool réveillait la force, excitait l'intelligence, et soudain, on s'arrête et on découvre juste le contraire, qu'on avait vécu sous l'influence non pas d'un stimulant mais d'un narcotique, et que débarrassé du poids terrible et en grande partie méconnue de l'alcool, le système nerveux et la faculté de raisonner acquièrent une rapidité et une trasparence presque intolérable, sans mirages ni repos, mais aussi cependant sans réconfort, une clarté froide de tempête qui était le nouveau pays où habitait maintenant l'inspecteur, son identité dont il ne savait pas si elle était récente ou recouvrée, si elle était aussi fallacieuse que les autres, celles que durant des années lui avaient fournies le double déguisement de la simulation et de l'alcool."
Antonio MUNOZ MOLINA - Pleine lune
C'est ce qu'on nomme un polar. Long à démarrer, toujours lent par la suite. Je crois que je n'aurais pas dépassé les 20 premières pages si je n'avais pas eu 2heures de train, mais maintenant j'ai envie de le finir. Une sorte de bonne surprise lente à se dévoiler et lente tout court.
Sinon, à peu de chose près, toujours la même liste de livre en cours que la dernière fois, pas beaucoup plus avancée.
Par GM le 27/02/03, 20:01 - Lien permanent