Il y en a qui disent que s'il s'est suicidé, c'est à cause d'une mauvaise note. Je pense aussi qu'il faut rester sérieux par moment.

Ca me fait penser à une sorte de syndrôme de la mauvaise note.

Petit, j'avais peur de la mauvaise note au contrôles, pour pas me faire gronder par papa maman (qui ne l'ont d'ailleurs jamais fait, j'avais peur pour rien), puis un peu plus vieux aux "exams" ou aux "partiels", de peur de pas avoir mon diplôme. Après, on vieilli, on devient plus mature, on prend du recul : on a peur d'avoir une mauvaise note de peur de perdre ses clients ou ses spectateurs ou son emploi ou son augmentation, Cette note provient lors d'une "évaluation annuelle des objectifs", très chère aux "managers", ou bien sous l'oeil inquisiteur et accusateur d'un critique quelconque ou bien simplement par le volume des ventes. Que des trucs sérieux, d'adultes en somme, pas comme quand on était piti et qu'on avait peur de se faire gronder.
Puis vient l'heure de la retraite, ou on a peur de la mauvaise note -vous n'avez pas assez cotisé à cause de vos deux années sabbatique passées à faire ce dont vous aviez envie. Enfin, pour ceux qui y croivent, encore une dernière fois la peur de la mauvaise note, avec l'éternité en sanction (pas intérêt à le merder ce contrôle là).

J'ai mis très longtemps à comprendre qui évaluait tous ces évaluateurs, ça a longtemps été un mystère pour moi, et puis j'ai compris. Les instituteurs ont été évalués avant d'avoir le droit d'évaluer le sale gosse que je fus, une sorte de pré-évaluation à contre temps. Pareil pour les professeurs, et de plus, ceux-ci doivent certainement continuer à être évalués d'une façon ou d'une autre (en fait, ils sont "inspectés" je crois, par un détective de l'éducation nationale, qui doit rechercher le coupable d'un crime mystérieux). Les managers sont auto-évalués par le cours de leurs stocks option, les critiques par les ventes de leurs journaux, les personnes qui calculeront le montant de ma retraite devront aussi prendre la leurs un jour, et l'autre là haut, pour lui je sais pas trop. Peut être en terme de fréquentation, ou bien une sorte d'indicateur complexe de type (nb de prière journalière)/(fidèle), pondéré par un indice de développement de l'activité.

Le plus dur finalement, c'est qu'on a beau le savoir, et ne pas être (complètement) dupe, il est vraiment difficile de ne pas participer, et même parfois de ne pas se prendre au jeu.
Un peu comme s'il était difficile de faire quelquechose pour soi, en dehors du regard des autres, simplement, comme ça, pour se faire plaisir.