Affleurements

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01/08/06

le fantôme

Elle porte une blouse grise, sans grade, sans statut, sans nom, presque transparente aux yeux de ceux qu'elle rencontre pourtant quotidiennement, comme une ombre. Parfois elle change de visage sans que personne ne sache réellement pourquoi, ni comment, ni quelle obscure raison a provoqué ce changement. Elle vide les poubelles, passe la serpillère, le balai, l'éponge, l'aspirateur. Parfois elle n'arrive pas au bon moment, fait trop de bruit, et elle est éconduite, avec plus ou moins de politesse, sans que jamais elle ne se plaigne. Le plus souvent, c'est elle qui dit bonjour en entrant dans le bureau. C'est une clause de son contrat, il ne faut pas qu'ils se plaignent de son impolitesse, ou pire de son incorrection, sinon elle devra change à nouveau son visage.

18/02/06

Gisèle

C'est vrai qu'elle commence à se sentir un peu vieille, Gisèle. Elle sait bien qu'elle boit un peu trop. Elle sait bien qu'elle ne se sent plus très jolie d'autant de verres. Mais qu'est-ce qu'elle se sent seule Gisèle. Alors elle commande encore un verre, un dernier verre pour la route et pour ne pas y penser pendant un instant. Un dernier verre au bar dans ce troquet où il y a tous ces gens qui ne sont pas des amis mais qui la connaissent un peu et qu'elle connaît un peu et avec qui on peut bien parler de tout et de rien mais surtout pas d'amour. C'est gens là, c'est Dédé, Nadine, Jules avec son chien. C'est Michel avec son chapeau qui ne le quitte jamais. C'est Monique et Gégé qu'est-ce qu'ils sont mignons ces deux là. Et c'est aussi Richard. Et c'est encore un peu tous les autres qui sont tous là presque tous les soirs, comme Gisèle.

C'est pour tous ces autres qui sont là presque tous les soirs que Gisèle vient ici presque tous les soirs. Eux aussi sont un peu cabossés et désabusés et ils se sentent un peu seuls, comme Gisèle. Alors ils viennent panser tout ça dans un verre et dans un peu de compagnie. Ils savent bien qu'ils ne se sentent plus très jolis de boire tous ces verres dont la plupart sont en trop, comme ça, tous les soirs. Alors ils en reprennent un petit dernier pour ne pas y penser un instant et pour la route avant de rentrer chez eux retrouver le canapé endormi devant la télévision, le papier peint un peu trop vieux qu'il faudrait changer et le silence imperturbable de l'appartement qui est resté inhabité toute la journée et depuis trop longtemps.

Parfois, Elle se sent un peu trop seule pour rester seule encore longtemps, alors elle trouve un homme pour l'accompagner. Un cabossé ou un autre, mais le plus souvent un cabossé. Elle sait bien qu'elle n'est plus très jolie Gisèle, elle ne se plaît tellement plus à elle même et elle a tellement vu passer d'années et d'alcools, alors elle se dit qu'un cabossé, ça ira.

Et alors, juste le temps d'une nuit ou d'une semaine, elle se souvient que son corps est encore capable de chaleur, qu'elle peut encore un peu aimer de chair, qu'elle peut se sentir un peu jolie encore quelques instants. Mais les cabossés, si elle les aime bien au troquet, elle ne les supporte pas chez elle, endormis sur son canapé qui dort devant la télé. Les cabossés, ils ont vu trop de choses et laissé défiler trop d'années pour se laisser habiter. Et alors, elle finit par les mettre dehors et puis elle retourne au bistrot boire un petit verre pour ne pas y penser, pour parler de tout et de rien mais surtout pas d'amour, et panser tout ça dans un verre et encore un petit dernier pour la route.

24/11/05

soigner

Il se disait qu'il était temps de penser ses plaies.

15/09/05

Retour

Elle était enfin de retour chez elle, dans son village, après plusieurs années d'absence et quelques heures de bus et de poussière.

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