Affleurements

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29/06/10

le sourire

Face au miroir matinal, aussi trouble que son humeur, il observe ses cernes, sa fatigue, sa lassitude. Il ferme les yeux, le temps d'une lente et profonde inspiration, puis se scrute à nouveau. Peu à peu il retrouve son sourire un peu figé, son air de bonne humeur, celui qu'il va arborer toute la journée, comme un masque.

Il ne veut pas que les autres le voient comme il se sent.

18/09/09

une histoire

J'ai longtemps hésité avant de publié cette histoire, non pas à l'écrire, je l'ai écrite presque d'une trait, en quelques heures. J'ai hésité à la donner à lire, à la déposer ici.

C'est une histoire de souvenirs, d'oublis, de mémoire. C'est une histoire de faits dont j'ai connaissance, mais dont je n'ai pas de souvenirs. Est-ce qu'il s'agit d'oubli ou de souvenir ? Quelle est la forme de cette mémoire ? Ce n'est pas un souvenir (je ne m'en souviens pas), ce n'est pas un oubli (je connais son existence). C'est une sorte de zone grise.

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J'ai lu il y a quelques semaines ce livre, "le drame de l'enfant doué", de Alice Miller. Elle raconte le drame banal : celui de l'enfant qui fait face comme il peut à une violence qui lui est faite. Cela peut être une violence psychologique, physique, sexuelle, une violence volontaire ou non. Cet enfant fait face en maquillant la violence en amour, parce qu'il lui est impossible de ne pas aimer ceux qui lui font cette violence, ses parents, il est impossible d'être en colère contre eux, de les haïr. Ce livre qui raconte la façon dont cette sorte d'amour - comment l'appeler ? - enchaîne l'adulte que ces enfants deviennent. Comment je me sens enchaîné.

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Parallèlement à ça (à cause ? en dépit de ? malgré ? en raison de ? ... je ne sais pas vraiment), je me suis souvenu d'une lettre que ma mère m'avait écrite il y a quelques années, il y a un peu plus de huit ans.

Je me souviens que j'avais trouvé la lettre posée sur mon lit à mon arrivée, le soir. Je l'ai lue avant de me coucher. Je n'ai pas trop su quoi en penser sur le coup. Je me souviens que le lendemain matin, je n'ai pas trop su comment parler de cette lettre avec ma mère. Je me sentait un peu gêné, je ne savais pas comment réagir, quoi faire. Alors j'ai fait comme si de rien, comme un jour normal d'après l'autre. Le temps qui passe, quotidien, répétitif. Je me suis réfugié dans le silence des conversations du quotidien.

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Je suis resté sans penser à cette lettre pendant des années. Huit ans. Je l'avais oubliée. Je pensais l'avoir perdue. Peut-être que je craignais l'avoir perdue. Je ne sais pas.

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Je me souviens de cette lettre comme d'une lettre d'excuse, sur le fait que ça a été plus dur pour moi que pour mon frère ou ma sœur. On en parlait parfois, avec mes parents, mon frère et ma sœur, sur un mode mi-moqueur mi-jaloux. J'ai pris quelques fessées qu'eux non. J'ai sûrement vécu une sévérité un peu plus importante que mon frère ou ma soeur. Quelques trucs d'ainés en fait : qu'il faille ouvrir certaines portes dont les suivants profiteront. Je dis souvent sur un ton de plaisanterie que l'ainé élève ses parents au moins autant que les parents élèvent leur enfant. Je crois que c'est moins vrai pour les suivants.

C'est ce dont je me souvenais de cette lettre. Je suis même certain que c'est ce que j'ai lu.

Je crois que c'est ce que j'aurais voulu lui dire au lendemain matin : "Ne t'inquiète pas, ça a peut-être été un peu plus dur, un peu plus difficile, un peu plus injuste. Mais c'est la vie qui est comme ça, ce n'est jamais juste pour tout le monde. Et on ne va pas faire un plat de deux ou trois fessées."

°°°

J'ai relu cette lettre il y a quelques jours. je l'ai retrouvée dans la boite en carton dans laquelle je stocke un peu tous les morceaux de papiers écrits. Des morceaux de journaux commencés et rarement terminés. Des lambeaux de cahiers, des lettres, des blocs notes, des feuilles volantes, des cartes postales.

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Je l'ai retrouvée, et je suis resté plusieurs jours sans la lire. Je voulais la lire en étant seul. Et je voulais prendre le temps de la raconter avant de la relire. Pour comparer mon souvenir et la réalité.

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Finalement, je l'ai lue avant d'en réécrire le souvenir que j'en avais. Et ce que j'ai lu ne correspond pas du tout au souvenir que j'en avais gardé. La lettre mentionne effectivement la façon dont ça a été un peu plus difficile pour moi que pour mon frère et ma soeur. Mais la lettre ne fait que le mentionner, ce n'est qu'une phrase introductive. Une phrase sur les deux pages que fait la lettre.

Ce que raconte cette lettre, c'est que ça a été dur pour moi, indépendamment de mon frère et de ma sœur.

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Elle emploie les mots "violence", "dressage". Elle parle aussi de son absence lors la grossesse de mon frère, difficile, du séjour qu'elle a dû faire à l'hôpital durant lequel je n'ai pas pu la visiter, parce que le personnel de l'hôpital s'y opposait. Absence qui m'a marqué suffisamment pour que je commence à bégayer. Elle mentionne une présence diminuée à la fin de la grossesse après son retour de l'hôpital, dû au fait qu'elle a du rester alitée.

Elle dit que j'ai toujours été raisonnable, responsable. Trop peut-être. Que peut-être je n'ai pas vraiment eu le choix. Que j'ai le droit de dire ce que je ressens, y compris si je ressens de la colère.

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Le problème c'est que par rapport aux événements évoqués, je ne ressens rien. Je n'en ai aucun souvenir de tout ça. Je n'en n'ai aucune émotion. Je n'ai pas de souvenirs des émotions que j'éprouvais à l'époque. A la naissance de mon frère, j'avais quatre ans. Je ne sais jamais à quel âge se forment les premiers souvenirs ?

J'ai l'impression pourtant d'une clé qui se trouve par là, dans ces souvenirs, ces oublis (comment les appeler ?). Je me sens comme face à un puzzle, dont les pièces, à défaut de s'emboiter parfaitement, ont au moins l'air d'appartenir au même puzzle. Et si la forme est encore un peu floue, incomplète, il semble que l'on puisse y deviner une image finale.

Sauf que.

Comme je n'ai aucun souvenir de tout ça, je ne ressens aucune émotion, tout ce puzzle me semble être une reconstruction, une reconstitution d'après modèle. Je ne suis pas certain que ce soit mes souvenirs. Que ces souvenirs m'appartiennent. Et si la pièce semble avoir une certaine cohérence, elle n'en est pas moins incertaine.

Il ne me reste qu'à jouer au romancier (j'invente et j'écris un roman, "écrire c'est mentir", tout n'est que fiction). Je peux faire le cinéaste (Je me fais un film).

°°°

J'imagine. Je n'en ai aucun souvenirs mais je peux essayer.

J'imagine des parents encore jeunes, bien plus jeunes que moi aujourd'hui. Je ne connais pas bien son histoire, mais je crois que la mère a elle même vécu une enfance difficile dans une famille monoparentale, assez pauvre dans une fratrie de quatre enfants qui vivent dans un trois pièce de HLM. Des cris et des coups, parce qu'à l'époque on élève les enfants comme ça. Parce-que le père est dépassé avec ses quatre gosses. Parce que la frustration d'une vie qui n'est pas aussi belle qu'on aurait aimé qu'elle soit, et qu'il n'y a que les gamins sous la main pour passer sa colère. Alors ensuite, la mère fait pareil. Parce que c'est comme ça. J'imagine bien ça aussi, comment l'enfant apprend à se taire, être sage, être l'enfant sage.

J'imagine comment il est sur le qui-vive en permanence, toujours à guetter la moindre parole, le moindre geste, le moindre signe, pour savoir s'il se comporte bien, comme il faut, pour savoir s'il fait bien, comme il faut, pour savoir s'il est bien, comme il faut. Tout ça pour éviter les coups, pour éviter les colères, pour éviter l'exaspération, pour éviter la punition, pour éviter la peur, pour éviter... Et puis s'il le peut, désamorcer, détourner la colère juste avant qu'elle n'arrive. Il passe le grand oral du grand jury en permanence. J'imagine que même si la période des violences, du dressage n'a pas duré très longtemps, un an, deux, peut-être trois ? Le pli est pris. Et puis on ne sait jamais, ça peut revenir, il vaut mieux être prudent, rester vigilant.

Si j'imagine, je vois ensuite cet enfant qui voit sa mère disparaître parce qu'elle a du partir à l'hôpital et qu'il ne peut pas la visiter, la voir, la rejoindre. Cet enfant qui ne comprend pas (mais lui a t'on expliqué ?) Elle m'a abandonné. Maman, tu es où ? Pourquoi tu m'as abandonné maman ? Pourquoi tu es partie ? Est-ce qu'elle va revenir ?

Si j'imagine, je vois ce père et cette mère, sûrement dépassés eux aussi. C'est une grossesse qui se passe mal, la mère est hospitalisée... A quoi ils pensent ces parents ? L'enfant va t'il s'en sortir ? Maman va t'elle s'en sortir ? On gère au mieux, au plus pressé, comme on peut. On fait comme si même pas peur mais on est mort de trouille. Et puis ils sont jeunes encore, ces parents. Plus jeunes que moi aujourd'hui.

Alors, j"imagine des paroles. Des paroles d'impatience, "tu vois bien que je n'ai pas le temps, débrouille toi". De fatigue, "s'il te plaît, tu vois bien que maman est fatigué, sois sage", d'énervement, "tu m'énerves à la fin, tu ne vois pas que tu gènes, va jouer dans ta chambre". Peut-être des mots plus brusques encore, des mots de colère, d'énervement, de fatigue, d'impuissance, d'épuisement, de panique. "Tais toi, sois sage, va dans ta chambre". Toutes les options sont possibles à ce stade, y compris des plus violentes encore. A ce stade, sans souvenirs, c'est la licence du romancier qui prime. Mais toutes ces paroles semblent compréhensibles, dans cette histoire.

J'imagine que cet enfant qui comprend que tout se passe mieux quand il est sage, si sage, trop sage, peut-être que cet enfant qui guette le moindre signe, le moindre geste, ne sait pas, ensuite, vivre autrement ? Il est raisonnable, responsable, discret, patient. C'est un bon petit. L'enfant modèle. Le bon élève. La totale. Il rassure ses parents. Ça va bien se passer, Papa, ce n'est pas grave, Papa, Elle va revenir, Papa, ne t'inquiète pas, Papa. Pas tellement que ça lui plait, enfin, il ne sait pas vraiment, il n'en sait vraiment rien. Mais ça plait à ses parents, c'est déjà ça. Et puis le masque s'est figé petit à petit. Petit à petit il devient une seconde nature. Petit à petit il devient une façon de n'être pas lui.

J'imagine ce qu'est devenu cet enfant adulte, j'imagine qu'il me ressemble.

°°°

Maintenant, cette histoire, ce n'est qu'une histoire de romancier, de cinéaste. Moi, je n'ai que la connaissance de l'existence de souvenirs et je ne sais pas s'ils m'appartiennent.

13/04/09

la cloche

La journée s'écoule
rythmée, tranquille
la cloche de l'église

28/01/09

vous....

 - Vous...
 - tu peux me tutoyer, tu sais.
 - Ah. oui, vous avez raison. C'est juste un reste d'éducation dont je n'arrive pas à me défaire... Pourtant, je fais ce que je peux pour tout en oublier, et croyez bien que je suis le reste du temps un vrai gougnafier.

26/02/08

Les vieux

C'est un trajet qu'ils ont parcouru des milliers de fois, appuyés l'un contre l'autre, toute leur attention tendue sur leur propre équilibre, les mouvements et les trajectoires des autres, de ceux qui font la foule ; ils veulent juste éviter d'être bousculés, ils avancent lentement, avec précaution.

C'est un trajet quotidien du début de l'après midi, ils font quelques courses, la boulangerie, la boucherie et quelques légumes frais qui feront l'ordinaire d'un soir de semaine et enfin, pour terminer, un petit arrêt au bar de la poste où ils déposent leur fatigue tous les jours depuis cinquante ans, toujours à la même table pour jouer un tiercé, avaler quelques gorgées d'amertume ambrée et se nourrir de quelques paroles.

Dans la rue, ils ont l'air de s'appuyer l'un sur l'autre pour pouvoir garder l'équilibre, comme s'ils ne formaient qu'un seul corps, comme si toutes ces années passées à avancer sur le même chemin les avait fusionnés, comme si l'un ne pouvait plus tenir debout sans l'autre. Ils ressemblent à un animal à cinq pattes, doté de quatre jambes et d'une canne et qui peine à avancer, qui ne sait pas très bien pas comment coordonner tous ses membres pour pouvoir encore avancer.


(réécriture)

08/02/08

retrouvailles

Ils se sont retrouvés dans le café, sincèrement heureux de s'être rencontrés par hasard quelques jours plus tôt après plusieurs années d'absences réciproques, ces absences qui s'imposent sans y penser, au gré des routes qui divergent lentement et sur lesquelles l'autre, tout a coup, n'est plus là. Ce sont des amis, en tout cas ils l'ont été.

Assis face à face, dans ce café, entourés des bruits du café, tranchants, presque coupants, ils se parlent mais il reste beaucoup de silences. Ils semblent chercher les mots de leur amitié passée, ils essaient de retrouver les traces, les indices, quelques paroles, les blagues, les jeux de mots qu'ils partageaient. pourtant une gène, un silence s'installe ; au lieu de faire revivre, ces mots recherchés et retrouvés éclairent la distance entre aujourd'hui et hier, entre eux, entre ce qu'ils étaient et ce qu'ils ne sont plus d'une lumière crue.

Il se sont retrouvés dans ce café, sincèrement heureux de se retrouver par hasard, et pourtant ils ne se reverront plus.

01/10/07

La vie qui passe.

Petit bout de femme, tu as presque seize ans. Tu restes à ta table et tu regardes, intriguée, le goût d'interdit que tu bois d'un trait de cocktail sucré. Les doigts nerveux au bout de la cigarette, tu fumes du bout des lèvres, tu manques d'habitude, mais tu fumes, tu fumes, pour montrer que tu fumes comme si tu étais habituée. Tu rigoles avec ton amie avec qui tu es venue ici, tu ne rigoles qu'avec elle, tu vois bien les regards qui insistent, mais tu feins de les ignorer.

* * *

Tu as vingt et un ans maintenant, et de tables en tables tu charmes et souris, tu es belle. Le lieu te plaît et tu plaît au lieu. Les regards, les yeux qui défient, tu les dévores, les croques, tu te fais désirer, et te laisse enivrer par tous ces regards, ces envies, ces corps, ces bulles de champagne, ces possibles. Ton amie n'est plus là, elle se promène sur son propre chemin et te regarde prendre ta route avec regret et un peu de dépit, mais tu n'y penses pas, tu ne la vois pas ; tu danses, tu ris, tu aimes, tu vis...

* * *

A trente ans, assise au bar, encore belle mais fatiguée, tu séduis toujours sans plus t'amuser. Par habitude, tu bois ce verre qui est offert et tu souris sans répondre aux regards encore présents, pressants. Seule, poliment, tu t'ennuies. Ton amie n'est plus là depuis longtemps, Tu aimerais bien savoir où elle est partie, avec qui elle est partie, avec de l'envie, presque. Elle te manque tellement ici.

* * *

Assise seule à ta table, tu regardes ton verre oublier les quarante deux ans qui accompagnent les petites gorgées qui se succèdent, les matins difficiles et les mauvaises ivresses ressassées. Les regards ne te cherchent plus, tu restes seule et tu es triste. Tu te demandes, demain.

22/08/07

le vieux

Il a l'âge où on raconte qu'il n'a plus toute sa tête, ou du moins, on commence à se l'imaginer ;  il a l'âge où ses enfants, ses petits enfants, ses neveux et tous ceux là le regardent avec un air un peu compassé, le visage et les yeux qui acquiessent toujours à ses propos mais qui n'écoutent jamais vraiment.

Il a l'âge où il répète un peu toujours les mêmes histoires, la même histoire surtout, à la fin du repas, parce ce qu'il sait bien qu'il n'a plus beaucoup de temps devant lui et que bientôt, il n'aura plus le temps du tout ; il se dit qu'il en a tellement vu que finalement, il n'en a plus beaucoup à raconter.

Alors il raconte toujours ce même petit bout d'histoire, il aimerait bien que quelqu'un se souvienne de ce petit bout là au moins.

Il a l'âge où ses enfants, ses petits enfants le regardent l'air exaspéré et souriant à la fin du repas en geignant "Papy, on la connaît cette histoire !". Alors il sourit.

04/07/07

l'arrivée

Sur le pont, il regarde la terre s’approcher lentement, le port qui n’est pas encore éveillé, la ville encore endormie juste avant le lever du soleil. Il n’a pas mis pied à terre depuis plusieurs semaines. Il a hâte de sentir le sol, la vie du port.

Il n’a vu son pays ni ses parents depuis plusieurs mois. Presqu'un an et demie. Il leur envoie simplement une carte depuis chaque port où il accoste. Il ne sait pas très bien écrire, alors qu'il n'inscrit que le nom du pays et celui du port. Ils ne savent pas très bien lire alors ça leur suffit.

Ses parents ont récupéré un vieux planisphère qu'ils ont fixé au mur et à chaque carte reçue, ils y inscrivent une croix à l'emplacement de la ville d'où vient la carte, où à peu près, ils ne sont pas toujours certains. Ces croix dessinent une longue litanie de lettre, un long voyage, un itinéraire étrange, presque une errance, un fil qui maintient leur fils en vie.

05/01/07

fragments #5

C'était un déserteur, il ne sortait jamais, il ne voulait plus. Il restait près du feu et il répétait sans cesse, d'une voix un peu morne : "Il fallait que je parte, j'en avais assez vu, assez entendu, trop. Des morts, surtout, des morts, partout. Mais on ne les quitte pas comme que ça, ceux qui mettent tant d'application à vous envoyer à la mort, alors voilà, je dois me cacher, rester ici, terré."

04/01/07

fragments #4

Il avait un cahier dans son sac, un grand cahier qu'il avait noirci au front, d'une écriture nerveuse, presque illisible. Il y avait noté toutes les vies qu'il aurait aimé avoir, qu'il aurait espéré avoir, il était tellement certain de ne jamais revenir, il voulait que quelqu'un puisse se souvenir de tous ses possibles.

Je me souviens, dans 25 ans, j'avais presque 55 ans. J'ai vieilli depuis le temps où j'ai écris ces lignes.

J'avais eu des enfants, j'étais devenu un clochard, je m'étais perdu dans le travail, j'avais un jardin dans lequel j'étais serein. Dans 25 ans, tout était encore possible. J'avais encore des centaines de vies possibles à vivre.

06/09/06

L'origine

Il savait qu'elle avait perdu son chemin dans le fracas invraisemblable du XXe siècle pour se retrouver ici. Il ne savait pas d'où elle arrivait exactement, comment elle était arrivée ici, quelle route elle avait bien pu emprunter, pourquoi elle était devenue ce qu'elle était aujourd'hui. Finalement, il se rendait bien compte qu'il ne savait pas grand chose.

Alors il cherchait un peu partout. Dans les bibliothèques et les livres surtout.

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