Affleurements

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Face au miroir matinal, aussi trouble que son humeur, il observe ses cernes, sa fatigue, sa lassitude. Il ferme les yeux, le temps d'une lente et profonde inspiration, puis se scrute à nouveau. Peu à peu il retrouve son sourire un peu figé, son air de bonne humeur, celui qu'il va arborer toute la journée, comme un masque.

Il ne veut pas que les autres le voient comme il se sent.

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Elle est devant la lourde porte en bois, qu'elle n'arrive pas à pousser, à cause de son bras en bandoulière et de ses 80 ans, qui ce soir pèsent tant. Arrivant en même temps qu'elle, je lui ouvre la porte, j'attends patiemment qu'elle entre dans la cour, de son pas lent, mal assuré, incertain, un peu hagard ; elle semble perdue alors qu'elle est chez elle.

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Mais ce que je me rappelle le mieux, c’est Mr. Bernhauser. C’était notre voisin de derrière. Il se montrait particulièrement méchant et antipathique avec les enfants, mais il était grossier aussi avec les adultes. Il avait un prunier dont les branches passaient par-dessus notre clôture. Si les prunes étaient de notre côté, nous pouvions les cueillir, mais que Dieu nous aide si nous franchissions la limite. Il faisait un foin de tous les diables. Il criait et nous insultait jusqu’à ce que l’un de nos parents vint voir ce qui se passait. D’habitude c’était ma mère, mais cette fois ce fut mon père. Personne n’aimait beaucoup Mr. Bernhauser, mais mon père lui en voulait en particulier parce qu’il gardait tous les jouets et les balles qui avaient le malheur d’atterir dans son jardin. Donc voilà Mr. Bernhauser en train de crier de déguerpir de son arbre, et mon père qui lui demande quel est le problème. Mr. Bernhauser respira un grand coup et se lança dans une diatribe sur les gosses chapardeurs, désobéissant, voleurs de fruits et monstres en général. Mon père devait en avoir assez, j’imagine, parce que ce qu’il fit alors, c’est crier à Mr. Bernhauser de s’écraser. Mr. Bernhauser arrêta de hurler, regarda mon père, devint écarlate, et puis violet, se serra la poitrine des deux mains, devint gris et s’effondra lentement sur le sol. Je pensais que mon Père était Dieu. Qu’il pût, en criant sur un misérable vieillard, le faire mourir sur commande, cela dépassait mon entendement.

Je croyais que mon père était Dieu et autres récits de la réalité américaine – Anthologie composée par Paul Auster

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Elle est étrangement seule, immobile au milieu de la foule mouvante qui l'enlace, indifférente. Elle fixe un point inconnu au travers ses lunettes noires, agite sa canne devant elle. Elle a peur, elle n'y voit rien.

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Il n'avait rien à dire, vraiment. Si ce n'est que parfois la musique prenait une sorte d'épaisseur étrange, comme une pâte à pizza. C'était la seule comparaison qui lui venait à l'esprit, toute ridicule qu'elle semblait. Et il voyait bien telle qu'elle l'était : ridicule. Aucun musicien de sa connaissance n'accepterait d'être comparé à un morceau de farine allongé d'un peu d'eau. Pourtant, il ne voyait que ça. De la pâte à pizza. En fait elle lui semblait tellement ridicule, cette comparaison, que le plus souvent, il préférait se taire. C'était mieux comme ça.

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Tu ne lis jamais. Tu n'aimes pas lire ? Non, dit Lily, ça me fait réfléchir. C'est plutôt bien, dit la mère. Non, dit Lily, c'est pas bien, ça me raconte des histoires qui me font envie, et tôt ou tard je me demande si la mienne vaut la peine. Je te laisse, ma chérie.

Lily et Braine - Christian Gailly

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quand les temps sont difficiles, m’avait-on enseigné depuis toute petite, lis, apprend, révise, va aux textes. Savoir c’est contrôler.

L’année de la pensée magiqueJoan Didion

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Sometimes I Feel Like a Motherless Child

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J'appartenais à ma famille et à l'Impasse, j'en vivais les lois et acceptais les sanctions avec joie. Une fois, pour avoir maudit le nom de Dieu, je reçus à coup de ceinture une brûlante raclée sur la plante des pieds. Je ne pus marcher pendant trois jours, mais je trouvais la peine juste, et salvatrice lorsque j'appris le danger encouru : en enfer on m'aurait arraché les paupières et obligé à fixer le soleil en plein midi. De penser seulement au céleste châtiment, je l'imaginais et les larmes protectrices me venaient au yeux. Il n'a pu durer si longtemps ce bonheur confortable d'une vie réglée par le respect confiant et les justes craintes.

La statue de sel - Albert Memmi

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Elle a seize ou dix-sept ans. Peut-être dix-huit, c'est difficile de savoir. Elle fait la manche dans la salle des pas perdus de la gare de l'Est. Elle ne ressemble pas encore aux autres mendiants, elle est encore jolie, ne porte pas encore les couleurs, les blessures de la rue. Elle est vêtue d'une robe assez longue en coton coloré, un sac en bandoulière posé sur sa hanche duquel pend un ours en peluche.

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Beaucoup de choses véritables sont souverainement ennuyeuses.

Le message - Honoré de Balzac

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N'est ce pas étrange combien on en voit plus sur une photo que dans la vraie vie ?


Virginia Woolf, citée par William Boyd dans Bambou

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