Affleurements

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

samedi 19 avril 2008

Quelles gigantesques écoles que celles où vous enseignez ; deux cents élèves, cinquante élèves. J'aimerais y avoir une place près de la fenêtre, au dernier rang, pendant une heure, je pourrais renoncer alors à jamais à vous rencontrer (comme ce sera, d'ailleurs, de toute façon), je renoncerais à tout voyage et... Suffit. Ce papier blanc qui n'en finit pas me brûle les yeux, et c'est pourquoi j'écris.

Lettres à Milena - Franz Kafka

vendredi 4 avril 2008

Un rêve.
Devant un miroir je regarde un visage qui n'est pas le mien. Des cheveux noir, la peau très mate, sèche, ridée. Je me suis comme inconnu, étrangement peu familier et pourtant, sans inquiétude.

dimanche 23 mars 2008

Pendant des années, j'ai essaye d'apprendre à lire en bibliothèque, et je n'ai jamais réussi. Se plonger profondément dans un livre au point de tout oublier, ce n'est pas difficile. Mais ce n'est possible qu'avec des romans ou des nouvelles, pas lorsque l'ouvrage consulté doit faire l'objet d'une étude, d'une analyse, d'une réflexion. L'atmosphère des bibliothèques publiques nuit à la concentration très particulière qui est alors nécessaire. La bibliothèque Lénine à Moscou, avec sa salle d'études, ne fait pas exception à la règle. Le mieux, le plus profitable, c'est de lire chez soi, sans personne autour, seul à seul avec son livre. Lire en présence d'autrui m'a toujours été désagréable, j'ai presque honte, c'est presque plus gênants que d'écrire une lettre intime à la poste, on voudrait se mettre à l'abri, on a peur de se laisser aller... Et si quelqu'un lisait ce que l'on a écrit ?
N'est-ce pas troublant ? Comme si la lecture était un vice secret. D'ailleurs dand quelle famille de notre ville n'était-ce pas considéré comme un vice secret ?

Mes bibliothèques - Varlam Chalamov

mardi 18 mars 2008

mercredi 5 mars 2008

Dans cette pièce un peu trop poussiéreuse, mal éclairée, trop petite, il se sentait bien, entouré qu'il était par la présence rassurante de ses livres.

mardi 4 mars 2008

Télécharger la vidéo
Ella - Summertime - Berlin 1968

mardi 26 février 2008

C'est un trajet qu'ils ont parcouru des milliers de fois, appuyés l'un contre l'autre, toute leur attention tendue sur leur propre équilibre, les mouvements et les trajectoires des autres, de ceux qui font la foule ; ils veulent juste éviter d'être bousculés, ils avancent lentement, avec précaution.

C'est un trajet quotidien du début de l'après midi, ils font quelques courses, la boulangerie, la boucherie et quelques légumes frais qui feront l'ordinaire d'un soir de semaine et enfin, pour terminer, un petit arrêt au bar de la poste où ils déposent leur fatigue tous les jours depuis cinquante ans, toujours à la même table pour jouer un tiercé, avaler quelques gorgées d'amertume ambrée et se nourrir de quelques paroles.

Dans la rue, ils ont l'air de s'appuyer l'un sur l'autre pour pouvoir garder l'équilibre, comme s'ils ne formaient qu'un seul corps, comme si toutes ces années passées à avancer sur le même chemin les avait fusionnés, comme si l'un ne pouvait plus tenir debout sans l'autre. Ils ressemblent à un animal à cinq pattes, doté de quatre jambes et d'une canne et qui peine à avancer, qui ne sait pas très bien pas comment coordonner tous ses membres pour pouvoir encore avancer.


(réécriture)

mercredi 20 février 2008

C'est la lenteur de l'art d'écrire, dans son exécution mécanique, qui depuis des années déjà me rebute parfois et me décourage : le temps perdu pour un écrivain à jeter les mots sur la page, comme pour le musicien les notes sur la portée. Un travail de transcripteur et de copiste, par inter­valles dégrisants comme un jet d'eau froide, s'interpose entre l'agitation chaleureuse de l'esprit et la fixation maté­rielle de l'oeuvre. Ce que j'envie aux peintres et aux sculp­teurs, ce qui rend (du moins je l'imagine tel) leur travail si sensuellement jubilant et régulier, c'est l'absence complète de ces temps morts - si minimes soient-ils - c'est le mira­cle d'économie, le feed back de la touche ou du coup de ciseau qui dans un seul mouvement à la fois crée, fixe et corrige; c'est le circuit de bout en bout animé et sensible unissant chez eux le cerveau qui conçoit et enjoint à la main qui non seulement réalise et fixe, mais en retour et indivisiblement rectifie, nuance et suggère - circulation sans temps mort aucun, tantôt artérielle, tantôt veineuse, qui semble véhiculer à chaque instant comme un esprit de la matière vers le cerveau et une matérialité de la pensée vers la main.

En lisant en écrivant - Julien Gracq

jeudi 14 février 2008

Echange vignette panini de mémoire d'enfant mort contre autre vignette d'enfant mort aussi, mais mort pire (victimes de shoah appréciée). Parce que comme ça, ça vaut plus. Mais si vous n'en n'avez pas, on peut quand même aller jouer aux billes.

vendredi 8 février 2008

Ils se sont retrouvés dans le café, sincèrement heureux de s'être rencontrés par hasard quelques jours plus tôt après plusieurs années d'absences réciproques, ces absences qui s'imposent sans y penser, au gré des routes qui divergent lentement et sur lesquelles l'autre, tout a coup, n'est plus là. Ce sont des amis, en tout cas ils l'ont été.

Assis face à face, dans ce café, entourés des bruits du café, tranchants, presque coupants, ils se parlent mais il reste beaucoup de silences. Ils semblent chercher les mots de leur amitié passée, ils essaient de retrouver les traces, les indices, quelques paroles, les blagues, les jeux de mots qu'ils partageaient. pourtant une gène, un silence s'installe ; au lieu de faire revivre, ces mots recherchés et retrouvés éclairent la distance entre aujourd'hui et hier, entre eux, entre ce qu'ils étaient et ce qu'ils ne sont plus d'une lumière crue.

Il se sont retrouvés dans ce café, sincèrement heureux de se retrouver par hasard, et pourtant ils ne se reverront plus.

lundi 14 janvier 2008

Il reste devant la porte du métro qui est ouverte, il la regarde et regarde ailleurs en même temps, il hésite, attend le dernier moment pour sortir. Il se confond en excuses et elle répond que ce n'est pas grave mais lui continue. Il a l'air dépité, triste, il ne sait pas quoi dire, comment le dire, quel geste faire, un regard pour se sentir un peu moins pathétique la prochaine fois, tout à l'heure, quant il pensera que, quand il se dira qu'il a mal vu, mal compris, que c'est encore possible.

La sonnerie et il sort finalement. Pendant quelques secondes, il marche à la même vitesse que le métro tant qu'il peut. Pour rester à sa hauteur et la regarder encore un peu, guetter un regard, un signe, un indice, tandis qu'elle refuse obstinément de sortir le regard de son sac à main dans lequel elle cherche à s'échapper en essayant d'y trouver un objet quelconque, n'importe quoi pouvu que ce soit assez long à trouver,

Et puis, le tunnel et ils sont seuls, tous les deux.

dimanche 13 janvier 2008


lundi 7 janvier 2008

La lumière, ou plutôt son absence, comme un crépuscule qui dure toute la journée.

lundi 31 décembre 2007

Des deux entrées du café, elle empruntait toujours la plus étroite, celle qu'on appelait la porte de l'ombre. elle choisissait la même table au fond de la petite salle. Les premiers temps, elle ne parlait à personne, puis elle a fait connaissance avec les habitués du Condé dont la plupart avaient notre âge, je dirait entre dix-neuf et vingt-cinq ans. Elle s'asseyait parfois à leurs tables, mais, le plus souvent, elle était fidèle à sa place, tout au fond.

Dans le café de la jeunesse perdue - Patrick Modiano

dimanche 30 décembre 2007

C'est alors que la brave femme qui achevait mon déménagement s'est arrêtée devant moi, j'étais assis sur mon lit dans ma nouvelle chambre, elle m'a regardé d'un air de grande pitié et a dit : "quel malheur quand même de ne pas avoir de mère."

"Quel malheur !"... le mot frappe, c'est bien le cas de le dire, de plein fouet. Des lanières qui s'enroulent autour de moi, m'enserrent... Alors c'est ça, cette chose terrible, la plus terrible qui soit, qui se révélait au dehors par des visages bouffis de larmes, des voiles noirs, des gémissements de désespoir... le "malheur" qui ne m'avait jamais approché, jamais effleuré, s'est abattu sur moi. Cette femme le voit. Je suis dedans. Dans le malheur. Comme tous ceux qui n'ont pas de mère. Je n'en ai donc pas. C'est évident, je n'ai pas de mère. Mais comment est-ce possible ? Comment ça a pu m'arriver, à moi ? Ce qui avait fait couler mes larmes que maman effaçait d'un geste calme, en disant "il ne faut pas..." aurait-elle pu le dire si ç'avait été "le malheur ?"

Je sors d'une cassette en bois peint les lettres que maman m'envoie, elles sont parsemées de mots tendres, elle y évoque "notre amour", "notre séparation", il est évident que nous ne sommes pas séparées pour de bon, pas pour toujours... Et c'est ça un malheur ? Mes parents, qui savent mieux, seraient stupéfaits s'ils entendaient ce mot... papa serait agacé, fâché... il déteste ces grands mots. Et maman dirait : oui, un malheur quand on s'aime comme nous nous aimons... mais pas un vrai malheur... notre "triste séparation", comme elle l'appelle, ne durera pas... Un malheur, tout ça ? Non, c'est impossible. Mais pourtant, cette femme si ferme, si solide, le voit. Elle voit le malheur sur moi, comme elle voit "mes deux yeux sur ma figure".

Personne d'autre ici ne le sait, ils ont tous autre chose à faire. Mais elle qui m'observe, elle l'a reconnu, c'est bien lui : le malheur qui s'abat sur les enfants dans les livres dans Sans Famille, dans David Copperfield. Ce même malheur a fondu sur moi, il m'enserre, il me tient.

Je reste quelques temps sans bouger, recroquevillée au bord de mon lit... Et puis tout en moi e révulse, se redresse, de toute mes forces je repousse ça, je le déchire, j'arrache ce carcan, cette carapace. Je ne resterait pas dans ça, où cette femme m'a enfermée... Elle ne sait rien, elle ne peut pas comprendre.

Enfance - Nathalie Sarraute

samedi 29 décembre 2007

Une bibliothèque qu'on ne range pas se dérange : c'est l'exemple que l'on m'a donné pour tenter de me faire comprendre ce qu'était l'entropie et je l'ai plusieurs fois vérifié expérimentalement.

Le désordre dans une bibliothèque n'est pas en soi une chose grave ; il est de l'ordre du "dans quel tiroir ai-je mis mes chaussettes ?" : on croit toujours que l'on saura d'instinct où l'on a mis tel ou tel livre et même si on ne le sait pas, il ne sera jamais difficile de parcourir rapidement tous les rayons.

A cette apologie du désordre sympatique, s'oppose la tentation mesquine de la bureaucratie individuelle : une chose pour chaque place et chaque place à sa chose et vice versa ; entre ces deux tensions, l'une qui privilégie le laisser-aller, la bonhomie anarchisante, l'autre qui exalte les vertus de la tabula rasa, la froideur efficace du grand rangement, on finit toujours par essayer de mettre de l'ordre dans ses livres : c'est une opération éprouvante, déprimante, mais qui est susceptible de procurer des surprises agréables, comme de retrouver un livre que l'on avait oublié à force de ne plus le voir, et que, remettant au lendemain ce qu'on ne fera pas le jour même, on redévore à plat ventre sur son lit.

Penser/Classer - Georges Perec

vendredi 28 décembre 2007

Notre y de professeur... Le lieu clos de nos brusques fatigues où nous prenons la mesure de nos renoncements. Une sale prison. Nous y tournons en rond, généralement plus soucieux de chercher des coupables que de trouver des solutions.

Chagrin d'école - Danniel Pennac

jeudi 13 décembre 2007

Parfois, je crois que je m'endors en sursaut.

Ou plutôt :
Il s'endormit en sursaut, ()

lundi 10 décembre 2007

Le filtre blanc de tes cigarettes me font penser aux Gauloises brunes de mon grand père, et cette odeur si forte qui me revient, frustre et acre, encore dans les narines vingt ans après malgré les rivières de blondes faussement distinguées qui ont pu couler par dessus.

lundi 3 décembre 2007

D'un message reçu ce matin, un petit sourire s'échappe : l'excuse évoquée ne peut plus tenir, il faut taper du point... (sur les "i", il va sans dire...)

- page 1 de 64